Mylène Farmer - Interview - NRJ- 06 avril 1999



06 AVRIL 1999


RADIO - NRJ





Tout va bien Mylène ?
Très bien !

Après quatre ans d’absence est-ce que Mylène Farmer a changé, et surtout, en fait, comment est la nouvelle ?
Je pense que c’est toujours la même. J’ai beaucoup voyagé, découvert de nouvelles personnes, de nouvelles contrées.

Et qu’est-ce qui a changé dans votre manière de travailler ?
J’aime toujours autant le travail. Là encore, c’est la même.

C’est la même. Alors, il faut savoir que dès que L’Âme-Stram-Gram est sorti chez les disquaires il y a quelques semaines, il s’est classé directement à la deuxième place des ventes. Comment vous avez vécu la surprise de ce nouveau succès après quatre ans d’absence, puisque c’était quand même un vrai challenge ?
C’est toujours une angoisse énorme et une grande surprise et j'avoue que je suis très heureuse.

Comment vous attendez la sortie demain de l’album ?
Très angoissée aussi ! (rires)

Quelle émotion vous avez voulu faire passer à travers L’Âme-Stram-Gram, qu’on vient d’écouter ?
J’ai tenté d’évoquer l’idée de la confidence, du secret, de la confession; l’idée de l’autre tout simplement. Son double, peut-être. En tout cas, une oreille amie.

Je me demandais d’ailleurs où est-ce que vous aviez écrit L’Âme-Stram-Gram. Dans quelles conditions ? Vous vous rappelez, non ?
C'était à Los Angeles, comme l’album précédent, dans une maison, dans une chambre et toute seule. (rires)

Toute seule ! Vous travaillez toujours toute seule ?
Quand j’écris, oui, absolument.

Les auditeurs de NRJ vont se rendre compte ce soir que l’album est très complet parce qu’on va écouter quelques-unes des treize chansons qui y figurent. Ça a du quand même dur de faire un choix et de désigner le premier extrait. Comment vous avez choisi ? Pourquoi celui-là ? 
Ecoutez, étrangement je crois que c’est assez spontané. Laurent et moi-même avons décidé que ça allait être cet extrait. Voilà ! (rires)

D’accord. On parlera des clips tout à l’heure. Quand est-ce que vous avez eu l’idée du scénario du clip de L’Âme-Stram-Gram ?
J’avais envie de fantômes, j’avais envie de surnaturel, j’avais envie d’une sœur jumelle et, ma foi, je me suis penchée sur le problème et j’ai écrit le scénario. J’ai travaillé avec une personne et puis, aprè,s nous l’avons soumis à un metteur en scène chinois qui a réalisé quinze long-métrages, qui est très, très connu dans son pays et qui est un peu connu ici, mais plus par les cinéphiles pour "Histoires de fantômes chinois" - il a fait trois parties - et c’est magnifique.

Exactement. On en parlera plus longuement tout à l’heure. Alors, la musique de  L’Âme-Stram-Gram est signée Laurent Boutonnat. C’est la personne qui est à vos côtés depuis le début de l’aventure, je crois…
Oui, le tout début...

D’ailleurs, il s’est occupé d’un peu plus de la moitié des musiques sur l’album…
Oui...

Le reste, c’est vous. Comment vous travaillez ensemble ? Est-ce que vous écrivez les textes d’abord et lui accorde la musique dessus ou c’est l’inverse ?

Ça a toujours été la musique d’abord et puis après moi je viens me greffer dessus et puis surtout trouver, comment dirais-je… J’ai un trou ! (rires)

C’est pas grave !
La mélodie, pardon... La mélodie de voix.

Ça a toujours été comme ça et c’est le cas pour L’Âme-Stram-Gram, alors ?
Oui, absolument.

Voilà, on va revenir de suite. C’est vrai que les auditeurs connaissent déjà par cœur L’Âme-Stram-Gram. En revanche ils ne connaissent pas du tout les autres chansons de l’album et c’est normal : c’est le principe de l’émission de ce soir, on découvre ensemble, il sort demain. Je sais que les auditeurs sont impatients, par exemple, de découvrir par exemple le titre  Pas le Temps de Vivre qu’on va écouter dans un instant. Mylène, vous me promettez de rester là jusqu’à vingt heures ?V
Je le promets !

Ça marche, à tout de suite !

Diffusion de Pas le Temps de Vivre

Merci d’être avec nous, Mylène ! J’aimerais qu’on parle justement de cet album qui est attendu avec un engouement extraordinaire par les fans. Après quatre ans de patience ils vont se jeter dessus demain, je le sais. Alors, déjà, message à tous les fans qui écoutent,  je sais qu’ils sont très nombreux, je décris la pochette : on vous voit, Mylène, au dessus d’une cage dont la porte est ouverte, il y a de l’eau au pied de la cage. Vous êtes habillée en blanc, recroquevillée sur vous-même. On peut imaginer diverses significations mais vous avez voulu exprimer quoi ?
L’idée c’est justement qu’on peut imaginer beaucoup de significations.

C’est réussi !
J’ai tenté, là, d’exprimer une certaine envolée, en tout cas l’idée du choc amoureux, tomber amoureux et ça peut vous porter vers le haut comme ça peut vous porter vers le bas.

Combien il vous a fallu de temps pour écrire cet album ?
J’ai l’impression qu’on a mis un petit peu plus de temps. Je crois six mois.

Six mois ? Et quelles ont été les difficultés pour l’écrire ?
Je ne sais pas si c’est en terme de difficultés, mais c’est vrai que j’ai mis, moi, plus de temps pour l’écriture. Peut-être que je me suis…je ne sais pas. J’avais besoin de prendre mon temps, en tout cas. Il y avait des choses qui avaient sans doute besoin de sortir de moi, donc c’est un peu plus long, un peu plus douloureux parfois.

Alors, comment vous faites justement pour vous sortir d’une panne d’inspiration ?
Il faut quitter son papier et sa plume et découvrir d’autres choses pour faire autre chose et y revenir.

Ça vous est arrivé pour cet album ?
Oh, oui ! Oui, oui.

Pour qui vous seriez prête à écrire ?
Prête à écrire... Là, comme ça, a brûle-pourpoint, je ne sais pas. J’aime beaucoup Polnareff. 

Alors avec qui vous aimeriez chanter, plutôt ?
Là encore, je ne sais pas... (rires)

Très bien !

Diffusion de Optimistique-moi puis Dessine-moi un mouton

L’album sortira demain, il est composé donc de treize chansons. D’ailleurs, Mylène, pourquoi treize ? Est-ce que vous êtes superstitieuse ?
J’évite de l’être ! (rires)

Mais c’est un hasard ?
Treize chansons ? Non, c’est un choix, dans le fond !

On remarque que dans vos chansons, vos clips, il y a de temps à autre du paranormal, des fantômes etc. Est-ce que c’est de l’imagination pour vous ou est-ce que c’est de la réalité ?
C’est un petit peu des deux, mais j’aime développer l’imaginaire, j’aime m’envoler, j’aime rêver, j’aime réfléchir. Oui, ça fait partie de mes thèmes de prédilection.

Il y a une chanson sur l’album, justement, qui s’intitule Mylenium. Comment vous imaginiez l’an 2000 plus jeune ?
Soucoupes volantes, des robots…  (rires)

Ça représente quoi aujourd’hui pour vous alors ?
Un passage difficile, en tout cas 99. On ne peut pas s’empêcher d’ignorer la guerre et c’est vrai que l’évènement ici qui me concerne, c’est la sortie d’un album, et j’avoue qu’il y a un décalage, quelque chose qui m’oppresse un peu.

Vous vous intéressez à l’actualité ?
Oh, on ne peut pas ignorer cette actualité, en tout cas.

On parlait du 31 décembre 99. Qu’est-ce que vous allez faire, le 31 décembre 1999 ?
Rien ! (rires)

Rien ? Enfermée dans un… ?
Surtout rien !

On parle justement du futur. Est-ce que quand on est une artiste aussi connue, aussi au top, on peut se permettre d’improviser ? Est-ce que vous planifiez tout ou est-ce que… ?
Quant à quoi ?

Quand on est une artiste aussi connue…
Non. L'improvisation ?

Je ne sais pas. Au niveau de la carrière, au niveau de la sortie d’un disque, au niveau, je ne sais pas, de vos apparitions…
Non, mais je crois que vous le savez ! J’aime l’improvisation, mais c’est vrai que ça, ce sont des choses qui sont extrêmement calibrées. De même, on me parle de l’improvisation sur scène. J’aime la spontanéité, ça, c’est extrêmement important, mais il faut une somme de travail à l’avant qui est très importante.

Quinze ans de carrière : comment on fait dans ce métier pour durer ?
Avoir un public qui vous aime.

Quand on est une star comme vous, qu’aujourd’hui on n’a plus rien à prouver, qu’est-ce qui vous motive ?
Je ne sais pas si c’est en terme de motivation. C’est plus un besoin, quelque chose qui est fondamental pour moi. J’allais dire: "j’ai choisi ce métier". Non, je crois que c’est ce métier qui m’a choisie. J’ai besoin de ça, j’ai besoin de parler au travers de mes chansons, de dialoguer.

Vous pensez justement quand vous écrivez vos chansons aux gens qui vont les écouter ?
Très honnêtement, non. Quand j’écris, je pense d’abord à ce que je raconte, j’essaye d’y mettre moi-même et puis, dans un deuxième temps, mais c’est plus dans des instants comme dans une radio qu’on a une perception qui est tout à fait différente que dans un studio quand on est en mixage. Mais l’autre, je crois, dans le fond est omniprésent.

Mais est-ce que vous pensez éventuellement, justement, à la façon dont vos paroles vont être interprétées par les fans ?
Non, parce que là encore, ce n’est pas une préméditation. Une fois que la chanson est écrite, une fois qu’elle est interprétée, je peux, là, envisager, parfois, pas tout le temps, l’émotion que ça peut procurer ou, en tout cas, justement, une idée de correspondance ou de dialogue.

On a parlé justement des fans. On a reçu énormément de questions par minitel, questions des auditeurs, bien évidemment. C’est vrai que vous marchez très, très fort dans tous les pays francophones mais les auditeurs voudraient savoir si vous projetez de faire une carrière dans d’autres pays en Europe, aux Etats-Unis…
Ecoutez, jusqu’à présent j’ai toujours refusé, ou je me suis refusée, d’envisager d’écrire différemment qu’en français. Donc la réponse immédiate serait non. Non. On est parfois tenté parce que c’est vrai qu’on voudrait le monde pour soi. J’ai déjà un cadeau merveilleux, donc pour l’instant je vais m’en contenter.

Diffusion de California

Ça fait quoi aujourd’hui de vous entendre à la radio ?
C’est toujours surprenant d’entendre sa voix. Mais, je la préfère chantée que parlée ! (rires)

Puisqu’on est dans la musique, qu’est-ce que vous écoutez tranquillement à la maison ? Est-ce que ça ressemble à ce que vous faites ?
Non, pas nécessairement. J’aime écouter Puff Daddy, j’aime Radiohead…

C’est quoi les recettes pour vous changer les idées, vous détendre complètement ?
Je crois que je ne sais pas me détendre !

Vous n'êtes pas détendue, là ?
Pas totalement !

Qu’est-ce qui vous fait rire ?
Enormément de choses. Des choses qui sont tout à fait bêtes, probablement. J’aime... les jeux, dans le fond. Oui, des choses enfantines.

D’ailleurs, ce qui est important aussi chez Mylène, c’est l’image. La seule manière de la voir, sauf exception, c’est dans les clips. J’ai envie justement qu’on parle du nouveau, celui de L’Âme-Stram-Gram , clip qui a donc été tourné en Chine, mis en boîte par l’un des meilleurs réalisateurs chinois (Ching Siu-Tung, ndlr). Comme d’habitude, c’est un véritable petit film vachement bien foutu…
Oui, là, j’ai souhaité revenir à une histoire plus longue.

Huit minutes, je crois, exactement…
Oui.

Vous avez écrit ce scénario. Alors, déjà, pourquoi la Chine et pourquoi ce réalisateur ?
Parce que là encore, j’avais, comme je l’ai dit précédemment, envie de parler de fantômes et de choses extraordinaires. Quand j’ai commencé à écrire cette histoire, j’ai cherché des réalisateurs et puis voilà, j’ai découvert ce réalisateur chinois qui s’appelle Ching Siu-Tung, qui était lui-même en pleine réalisation d’un long-métrage. Il terminait un long-métrage et on est allés le chercher jusqu’en Chine populaire.

Jusqu’au bout du monde !
Nous l’avons trouvé !

On va parler justement des conditions de tournage : ça a duré, je crois, cinq ou six jours…
Cinq jours de tournage.

C’était quoi les difficultés ?
Nous avons travaillé énormément : vingt heures, parfois, sans interruption. Les conditions atmosphériques étaient difficiles. J’avais un changement permanent de costume mais c’était passionnant, c’est le plus important.

Dans chaque clip, on y retrouve de l’amour, de la guerre : est-ce que l’un ne va pas sans l’autre ? Est-ce qu’il existe pas d’amour paisible ?
Je ne sais pas. Pour vous... Qu’en pensez-vous ? (rires)

Non, moi je ne sais pas ! C’est vrai que dans chaque clip il y a de l’amour, il y a de la guerre, donc…
Il y a toujours des sentiments en tout cas violents, oui, pas d’indifférence.

Est-ce que vous avez déjà des idées pour les prochains clips ?
Des choses qui commencent à émerger, oui ! (rires)

Diffusion de Je te rends ton Amour

Mylène, je sais que s’il y a bien quelque chose que les fans attendent avec impatience autant que l’album, c’est le Mylenium Tour, concert explosif que vous préparez pour septembre. Alors, justement, aujourd’hui on ne connaît pas grand-chose de cette tournée. Où est-ce que vous en êtes ? Est-ce que tout est prêt ou est-ce que vous continuez à bosser dessus ?
Je commence à travailler dessus. (rires)

Vous commencez... Dans vos concerts, on retrouve toujours des chorégraphies à la hauteur des clips. Qu’est-ce que vous préparez pour cette tournée de ce côté-là ?
Difficile de dévoiler les choses. Ce sera un spectacle et, j’espère, de l’émotion.

Est-ce que vous comptez passer en province ?
Bien sûr !

On parle de projets, maintenant, parce que j’imagine que votre emploi du temps doit être un petit peu démentiel en ce moment. Est-ce que vous prévoyez d’essayer à nouveau d’autres horizons ? Je pense par exemple au cinéma, parce que je sais que vous recevez encore beaucoup de scénarios.
Ecoutez, pour l’instant je n’y pense pas. Je vais faire cette tournée, c’est ce qui m’importe.

C’est quoi le message pour tous les fans et tous les auditeurs de NRJ qui vous écoutent ?
Oh, je n’ai pas de message. Mais en tout cas, je leur dis bonjour !

Vous faites donc un come-back avec succès après quatre ans d’absence. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous manque ?
MF : Tout !

Par exemple ?
Ce serait trop indiscret ! (rires)

Dernière question. On dit souvent qu’écrire, c’est comme une thérapie, comme pour se guérir de quelque chose. Vous vous êtes guérie de quoi en écrivant cet album ?
Ecoutez, malheureusement, je n’ai pas l’impression d’être guérie de quoi que ce soit. D’être plutôt plus tourmentée que d’habitude…

Ah bon ?
Je ne sais pas. En vieillissant, je ne m’assagis pas !

Sur des derniers mots, je vous remercie énormément.
Merci à vous !


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